Elsa TRIOLET, l’écrivaine, la Résistante et la féministe

 



« En français, l’humanité se compose d’homes ; bien qu’une partie de ces hommes soient des femmes. » Elsa Triolet.

Elsa TRIOLET a été l’une des rares écrivaines françaises qui, durant la Seconde Guerre mondiale, ont participé à la Résistance par ses actes et par ses écrits, indissociables les uns des autres. Mêlés les uns avec les autres, ses actes et ses écrits en témoignent. Elle était juive et mariée depuis peu à un écrivain communiste célèbre et surveillé…

A cette même époque, Simone de Beauvoir travaillait à Radio Vichy. S’il était alors difficile pour une femme d’être reconnue comme écrivaine, d’origine étrangère, de plus, il était bien plus périlleux d’écrire contre le nazisme et de résister lorsqu’on était juive et mariée à un communiste de surcroit écrivain surveillé par la police de Vichy.

Le 1er février 1945, Elsa Triolet raconte à sa sœur Lili Brik, restée en URSS, qu’il y eut chez elle, dès le 3 octobre 1940, « une grandiose perquisition », puis que, pendant qu’Aragon se battait, elle était « surveillée en permanence » et qu’on l’aurait arrêtée s’il n’y avait pas eu l’exode. Le 17 mai 1945, elle ajoute : « Tu ne peux pas imaginer ce que cela a été en 39-40-41, surtout en 39, quand les gens passaient sur l’autre trottoir pour ne pas avoir à me serrer la main et la seule personne qui ne m’abandonnait pas était le flic qui me filait partout ». Elle est en effet en grand danger jusqu’à la fin de la guerre : une note du lieutenant SS Heinz Röthke (membre du commandement de la Gestapo, chargé des affaires juives à Paris : notes conservées au Mémorial de la Shoah) du 21 mars 1944 demande au commandeur de la Gestapo de Marseille (contrôlant la région d’Avignon) d’arrêter « immédiatement (…) la juive Elsa Kagan dite Triolet, maîtresse d’un nommé Aragon également juif » ; le 6 avril 1944, le commandeur Mühler de Marseille répond : « Au sujet d’Elsa Kagan, nous n’avons rien pu apprendre. En vue d’une enquête ultérieure, l’affaire est transmise à l’antenne de la Sipo d’Avignon ». Dès le 3 octobre 1940, le premier statut des juifs, repris et aggravé en juin 1941, rend l’existence très dangereuse, voire impossible pour Elsa Triolet et tous les juifs. A cela s’ajoute la propagande vichyste antiféministe stigmatisant les intellectuels, les rendant en partie responsables de la défaite de la France.

Chose importante, mais toujours peu connue, Elsa Triolet sera décorée de la médaille de la Résistance. Elsa Triolet a fait preuve d’un immense courage, accompagné d’une forte lucidité, dans cette activité sur laquelle elle a fait modestement silence.



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